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Une vision

Mornes étaient les années
de confort mité et sans magie.
Ma haute tour n’en veut plus rien
et regarde un vibrant tableau.

Sur les champs de l’été, où fleurissent les roses,
ma maison s’est emplie des plus pures pensées
que j’entends aux clapotis du lac.

Mon toit s’est ouvert à l’ivresse du jour
et je plongeai nu dans les entrailles de l’instant
quand, servant des heures assoupi,
j’ai chevauché le temps.

Emportées sur ses vagues
les ondes bleues de nuit ont des parfums de femmes
qui me portent au loin vers l’irréel.
Les pierres sacrées de leurs seins,
couronnées de jour, abreuvent ma foi.

Je voyage longuement dans leurs bras,
me voue entier à la musique des flots.
Je m’éperds dans les souffles de leurs écumes
aux versants de leurs jardins fécondés.

C’était un autre monde où je m’oubliai.
Les pierres chantaient l’âme blanche du jour.
La nuit murmurait en pleurant des étoiles
et l’Amour survolait ces vivifiantes eaux.

C’était un autre monde
et c’était ma maison.

Au puits de toi

C’est le temps des parfois,
C’est le temps des toujours.
Parfois ton corps tremble
Et toujours il jouit,
De l’instant des parfois,
De l’instant des toujours.

C’est le temps de ta foi,
C’est le temps des amours.
Parfois ton âme tremble
Et toujours elle jouit,
De l’instant de la foi,
De l’instant de l’amour.

Ne serait-ce
Que cela mon amour
Que mon coeur tremble,
De toi,
Sans voix ?

A l’instant de l’amour
Où mon corps sombre en toi,
Cette béance en toi
Qui m’appelle et m’attend,
M’est un puits de joie.

Apparences

Ô force, par quelle faiblesse te révéler ?
Dans le toboggan prêté aux évidences
être grisé

Se heurter
au fracas du moi
aux tumultueuses questions

Plonger dans l'irréparable de l'apparence

Nous avons mis
des vis indesserrables à nos raisons des couvercles de fonte sur nos rêves
de la soif au cœur des visions

Et il faudrait que je sois moi...

Noire étoile

Ta peau léchée,
A l’ombre de mes baisers,
Transpire tous mes espoirs.

Je bâtis dans tes yeux
Des naissances de Vénus.
Tous les soirs
Y roucoulent tes sourires.

J’escalade tous mes vertiges
Quand les volutes
De ta voix céleste
M’enserrent
Dans leurs rets profonds.

J’humilie jusqu’à l’excès
Ma tête bousculée,
Soumis à ton rire,
Ma maîtresse, mon chaos de lumière, mon âme.

Sous le regard des cieux
S’amenuisent les temps
Que j’avais établis loin de toi,
Et pour tout dire,
Hors de mon cœur.

Ainsi au ciel le noir bruit,
Minuscule et sensible,
Comme un jour de décembre,
D’un long soupir
A l’étreinte de la nuit.

Désir de lèvres

J'épelle le mot désir
A, deux T, E, N, T, E...

Vendredi, l'après-minuit
je vis de t'attendre

Est-ce que l'espoir s'endormira au petit matin ?
Est-ce que la liberté du ciel préfigurera ton visage souriant ?

Attente
et cette nuit
qui se joue de moi,
froide

Je réclame tes lèvres
et la tasse blanche du café
pour qu'elles y laissent
leurs marques
empreintes de rosée

Fille du vent et du ciel

Après avoir tant vu les cieux
Pleurer et l’Arc-en-Ciel
Revenu d’on ne sait où
Emplie d’indicible beauté
Secret céleste, où va la pluie ?

Lourde des éclairs et des fracas d’orages
Attirée toujours vers la Terre nourricière

Parcourant le monde émerveillée
La goutte d’Eau insigne
Usant de tous ses charmes
Ira toujours vers une source
Essentielle et vitale

Accords mineurs

Un geste du cœur un seul
étrange car intime
bégaie

Je scrute ce proche lucide
extravagant et haut
revenu

Je sais que la force de la mémoire détrempera les cieux gris
et
La parole est cette mousse humide qui attire le regard
et
Les jeux des corps poussent leurs chevelures épaisses noires fortes

Je voyage errant précipité
l'univers est un tapis
auguste

Je contemple les fleurs d'illusions
qui soufflent sur mes digues
aveugles